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El loco, une année de folie marseillaise !

C’est désormais officiel. Après des mois de doute, d’angoisses pour les supporters et les dirigeants, Marcelo Bielsa ne prolongera pas son contrat. Pire, il a quitté son poste d’entraîneur de l’Olympique de Marseille.

Surnommé « El Loco » (le fou en espagnol), Marcelo a pleinement justifié sa réputation avec ce départ précipité dès la 1ère journée du championnat : un « Picasso » sur le terrain mais en dehors, une personne qu’il faudrait « interner à l’asile » selon un ancien collaborateur. Retour sur une année complètement folle.

Une arrivée décalée pour El Loco

Alors qu’il avait fixé la reprise de l’entraînement au vendredi 20 juin 2014, Marcelo Bielsa s’est payé le luxe de ne pas être présent ce jour-là pour des « raisons personnelles », en affirmant qu’il serait à Marseille le mardi 24 juin 2014.

Ce qui donna lieu à de nombreux fantasmes de la part des supporters jusqu’à son arrivée : certains se moquaient simplement de la situation, d’autres rigolaient du caractère fou d’El Loco et même certains pensaient que ce dernier ne viendrait pas.

Il arriva bien au centre Louis Dreyfus le mardi 24 juin 2014, accueilli par une centaine de fervents supporters.

Une première conférence de presse dans les annales

Marcelo Bielsa en mode El Loco en conférences de presse

Une fois n’est pas coutume, l’entraîneur argentin n’a pas rencontré la presse les jours qui ont suivi son arrivée.

En effet, ce dernier a repoussé cet exercice le plus tard car il s’agit avant tout d’une obligation, comme il l’a dit dès le début de sa conférence.

Je dois être devant la presse une fois par semaine et je m’en tiendrai à cela.

Le ton est donné. Mais ce qui a surpris (et surprend encore aujourd’hui), c’est la façon dont Marcelo Bielsa répond aux journalistes : les yeux constamment baissées sur son pupitre car ils ne souhaitent pas avoir de contacts visuels avec ses interlocuteurs, préférant garder une certaine distance avec eux.

Les réponses d’El loco restent dans sa folle logique, bien qu’elles soient données d’un ton calme. Les entraînements interdits au public et à la presse ? Des ordres de la direction. Le recrutement ? Idem, il n’a pas eu un mot à dire sur la politique sportive olympienne. Le parcours en forêt ? Il cherche à reproduire ce que font les enfants dans la forêt.

Bref, un discours étonnement franc et un peu fou. Mais ce n’est rien à côté de la conférence de presse qu’il a donnée un mois plus tard.

El loco attaque son employeur !

Rien ne laissait prédire une telle situation. Alors que les marseillais avait redressé la barre en championnat après deux premiers matchs décevants, Marcelo Bielsa a durement critiqué Vincent Labrune en conférence de presse, le président de l’OM, lorsqu’un journaliste l’a interrogé sur le mercato estival de son équipe.

En effet, l’entraîneur marseillais estime que le « bilan de ce marché des transferts est négatif ».

Alors que ce dernier a été plutôt bien accueilli par les spécialistes. Qu’il n’a eu aucun joueur qu’il souhaitait alors qu’il avait adressé une liste de 12 joueurs à son président. Mais surtout, il a reproché à la direction marseillaise de lui avoir fait des promesses qui n’avaient aucune chance d’aboutir.

Le club m’a menti. Ça me révolte !

De quoi soulever l’indignation des autres présidents de Ligue 1, indignés qu’un employé puisse remettre en cause publiquement la politique du club.

Mais contrairement à l’opinion générale, Vincent Labrune a pris du recul sur les propos violents de son nouvel entraîneur car il connaissait El Loco avant de le signer : un fou atypique capable de prises de paroles surprenantes mais une référence mondiale du football.

Un « Picasso » sur le terrain

Pep Guardiola est un des admirateurs d'El Loco

Cité par les plus grands entraîneurs de l’époque (Guardiola, Simeone), Marcelo est une source d’inspiration pour ses compères.

Tout d’abord, sa philosophie de jeu fascine : un football ultra offensive avec une équipe en déséquilibre permanent, des joueurs mettant beaucoup d’intensité dès la perte du ballon, des tactiques osées et parfois suicidaires qui rend chaque match de l’Olympique de Marseille spectaculaire.

Pour mettre en place un tel jeu, le fada marseillais exige de nombreux efforts pendant des entraînements. Les exercices sont répétés un nombre incalculable de fois jusqu’à ce qu’ils trouvent grâce à ces yeux. Les séances se prolongent inlassablement. L’entraînement est intense, ce qui laisse des traces et qui explique la deuxième partie de saison catastrophique des olympiens.

Mais son plus grand exploit, sa plus grande prouesse est sans doute dans sa capacité à transformer une équipe de bras cassés (parole de supporters) honteusement sixième du classement la saison passée en une équipe enthousiasmante, allant droit au but et capable de se battre pour le titre durant une grande partie de la saison. Bref, il a ramené la passion à Marseille.

Après, Bielsa n’est pas non plus un magicien. Ce n’était pas avec des Fanni, des Dja Djédjé, des Romao et des Thauvin que le titre allait être gagné …

« El loco » sur le banc

C’est sans doute sur le banc de touche que l’entraîneur marseillais montre au grand public toute l’étendue de sa folie.

La glacière

Marcelo Bielsa assit sur sa glacière

Posé au milieu de la zone technique, elle permet à Bielsa de s’isoler et de vivre le match à sa façon.

Désormais indissociable de son image, elle a d’ailleurs fait l’objet de convoitises marketing. Dans un premier temps, la boutique Triaaangles a proposé un certain nombre de produits à l’effigie de Marcelo mais le club de Marseille ont repris les droits à l’image de leur salarié.

Sa zone technique

Ce n’est pas pour rien que les caméras de Canal + et de BeIn suivent le fada marseillais car Marcelo Bielsa est un spectacle à lui tout seul.

Lorsqu’il n’est pas assis sur sa glacière, il fait les cent pas dans sa zone technique, sans doute en train de réfléchir à une tactique pour gagner le match. Il peut également s’époumoner contre ses joueurs qui ne respectent pas toujours ses consignes et, parfois aussi, ne le comprennent pas en raison de certains choix douteux comme la formation 3-3-3-1.

El Loco a également des réactions invraisemblables lorsque ses joueurs marquent. Quelque fois, il fête le but normalement mais le plus souvent, il se montre impassible, préférant soit continuer à boire son café, soit parler à ses adjoints ou bien encore regarder dans le vide comme si rien n’était.

Un dernier coup de folie

Le match OM – Caen restera le dernier match de Bielsa au Vélodrome. Ce soir-là, l’ambiance est électrique. La ferveur des supporters impressionne même Marcelo.

Les marseillais se présentent devant leur public après une victoire prestigieuse contre la Juventus de Turin, le vice-champion d’Europe en titre. Et Caen fait office de chair à canon. Pourtant, Marseille perd le match qu’il aurait dû gagner s’il s’était montré plus efficace.

Mais la défaite reste anecdotique. En effet, El Loco annonce son départ juste après le match, à la fin de la conférence de presse où il s’est montré professionnel jusqu’au bout, parlant même de faire travailler ses joueurs devant les buts dès la semaine suivante afin qu’ils soient plus efficaces en match.

J’ai terminé mon travail ici, je vais rentrer dans mon pays.

Après 20 minutes de monologue où il explique entre autres que les modalités de son contrat aurait changé par rapport à l’accord obtenu il y a quelques semaines avec son Président, Bielsa quitte la salle de presse sans se retourner, laissant des journalistes bouche-bée tout comme les supporters et même le monde en général.

Labrune a réagi quelques jours plus tard et a assumé le départ de son entraîneur, tout en exprimant tout de même une amertume.

Bielsa No Se Va ! 

Il reste encore un nombre important d’anecdotes sur Marcelo Bielsa. J’aurais pu écrire sur le traducteur espagnol qu’a dû engager l’OM dans un supermarché, parler de la fois où l’argentin a appelé Dja Djédjé « caramba », de la fois où il a demandé à son meilleur joueur de partir en vacances plus tôt que ces collègues, des conflits qu’il aurait eu avec son traducteur, etc.

Mais cet article est suffisamment pour parler l’année d’El Loco : un génie excentrique et un amoureux du football qui a toujours placé le football au centre de tout, peu importe les conséquences.

L’entraîneur le plus charismatique de l’OM qui laisse d’éternels regrets aux supporters. Et ce n’est pas l’arrivée de Michel qui changera la donne.

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A propos de l'auteur

Charles-Henri Du Pré

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Co-fondateur & Rédacteur de l'Anecdote.
Le rêveur de l'Anecdote
"Choisissez un travail que vous aimez et vous n'aurez pas à travailler un seul jour de votre vie (Confucius)."

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